Cloîtré!!!
Moi qui ai toujours rêvé de voyages et grands espaces, me voilà confiné dans mon appartement, cloîtré par les aléas d'une vie politique et sociale déjantée.
Même le simple fait d'aller acheter une baguette relève du défi physique et moral.
Paraît qu'on est en zone rouge du code alerte mondial concernant une possible et éventuelle attaque terroriste, de quelque mode que ce soit. Tout est envisagé, rien n'est épargné. Les agents les plus vaillants et compétents en la matière sont sur les nerfs, et attendent une piste pour pouvoir agir.
Inutile d'envisager de se promener dans la rue avec un sac à dos, une patrouille du renseignement se jetterait immédiatement sur vous, arrachant votre bien, et le décortiquerait au plus profond de sa fibre pour analyser sa texture, sa structure, ses coutures.
Ne pensez pas non plus aller au cinéma, des employés du ministère de la culture sont déployés partout sur le territoire pour éviter un attentat culturel (un nouveau film de Luc Besson, un nouveau rôle pour Richard Anconina, ou pire, le tournage d'un camping 3). Un questionnaire sur les arts et les lettres est à remplir avant de franchir le seuil de votre salle, et si vos questions prêtent à confusion, l'entrée au septième art vous sera interdite.
Faire ses courses est tout aussi dangereux. L'achat d'un produit de marque tout autre que L'Oréal vous positionnerait en tête du peloton d'une liste des ennemis de la République, et obligerait un groupuscule obscur de commanditer un attentat sur votre personne. L'Oréal, parce que je le vaux bien, mais surtout parce qu'on a plus le choix...
Hier, j'ai voulu profiter d'un dernier rayon de soleil estival, lorsqu'une armée entière de protestataires a envahi ma rue, banderoles et porte-voix en bandoulières, invectivant les gens à partir à la retraite à 60 ans. Je croyais la Révolution arrivée à son paroxysme, alors je suis rentré chez moi, j'ai bouclé une valise et je me suis empressé de prendre un taxi pour l'aéroport. Après quelques heures passées dans les bouchons de la ville dû aux manifestations diverses, je suis arrivé à l'aéroport où le fait de porter un bagage n'a pas été apprécié à sa juste valeur. Ma barbe de trois jours ayant attiré l'attention sur moi, et ma nouvelle couleur blonde (ça devait être gris, mais mes cheveux sont également dans la rébellion, une Révolution entière je vous dis) laissant croire à une usurpation d'identité, j'ai eu droit à une fouille corporelle totale, puis à un nouveau questionnaire concernant mes projets personnels à l'issu de mon voyage.
Après avoir défié les questions douanières, je me suis présenté à l'embarcation, mais là, plus aucun avion ne décollait. La grève avait atteint les vols, et pour survoler les nuages, il fallait soit, avoir le numéro de portable de Jean-Luc Delarue, soit atteindre le septième ciel par quelques moyens que ce soit.
Je suis alors retourné chez moi, et, comme personne n'avait encore porté atteinte à ma propriété privée, je me suis barricadé.
J'ai allumé ma télé, et j'ai vu l'interview du chef de la police qui disait que tout ça était vrai, mais qu'il ne fallait pas s'inquiéter...