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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 19:15
Vendredi 13 novembre.
Des milliers de gens ont joué au Loto en espérant remporter le gros lot.
Des milliers d'autres ont pris bien soin de ne pas marcher sous les échelles, de croiser un chat noir ou de poser le pain à l'envers sur la table à l'heure du déjeuner.
Moi je me suis contenté de vivre ma journée comme si de rien n'était.
Toutes ont connu l'enfer, l'horreur, et sans doute aussi la désillusion.
 
Je regardais le match de foot, au calme à la maison. J'ai entendu la détonation dans le stade. Je me suis fait cette réflexion à haute voix, trouvant le bruit anormalement fort, mais sans vraiment y prêter attention, que si il se passait quelque chose ce soir, si un mec se faisait exploser dans le stade... Je serai aux premières loges et ce serait l'apocalypse.
Et puis je suis passé à autre chose, des amis sont arrivés et on a éteint la télé.
 
Quelques textos plus tard, on rallumait le poste pour se replonger une nouvelle fois dans l'horreur, 10 mois après les premiers attentats.
 
J'ai voulu, le soir même, écrire ici quelques mots. Mais je me suis ravisé. Je n'avais plus de mot.
 
Non, je n'en avais plus parce que je les avais déjà utilisé il y a 10 mois en arrière. Et c'était les mêmes qu'il convenait de ressortir, de remettre au goût du jour.
Alors quoi? Qu'est ce qui a changé en 10 mois ?
 
J'avais été ému, choqué, presque violé dans mon for intérieur. Abasourdi de voir la lâcheté extrême et la bêtise intolérable de jeunes en manque de reconnaissance se croyant bien plus intéressants et intelligents les armes à la main. Des jeunes hommes qui s'étaient, sans vergogne, attaqués à des vieux dessinateurs sans défense...
 
Aujourd'hui, bien sûr, je suis toujours choqué, ému. Mais ce qui prédomine depuis deux jours, c'est la colère.
 
Colère parce que la haine est gratuite. Personne n'est visé. Juste l'envie de tuer en masse. Aucune véritable revendication. Aucune rancoeur envers untel ou untel. On passe d'une vengeance disproportionnée à un carnage déraisonné.
 
 
Il y a dix mois, j'ai été Charlie. Je suis allé marcher un dimanche du mois de janvier en chantant la Marseillaise et en brandissant des dessins... J'ai cru que l'intelligence était de rester pacifique face à la barbarie. J'oubliais que la bêtise était aussi de la partie.
Depuis je suis redevenu moi-même, puis-qu’être Charlie n'avait rien changé du tout.
 
Je me dis que brandir des dessins ne suffit plus. Prêcher la paix et la fraternité est une utopie rassurante mais peu envisageable.
Je pense à ceux qui, le temps d'une soirée, se retrouvaient en famille, entre amis, à l'aube d'un week-end agréable. Ceux qui avaient fait pour seul choix de vivre.
Vivre parce que c'est pour cela qu'on naît. Vivre, tout simplement.
Vivre, respirer, aimer....
 
On dit que seul Dieu peut choisir de donner et de reprendre la vie. Mais certains ont décidé de parler en son nom, et de s'investir d'une cause religieuse plus forte que ça. Ils sont juste investis d'une connerie incommensurable...
 
Des pervers, des porcs et des obsédés qui espèrent que des vierges effarouchées les attendent avec des fleurs et les jambes ouvertes parce qu'ils ont l'idée de se faire exploser au nom d'un Dieu qui, s'il existait, déciderait de lui même de leur ôter la vie tellement elle est misérable et inhumaine.
 
Je me sens impuissant à mon niveau de faire bouger quoique ce soit.
Je me sens vidé et usé de revivre encore une fois ce cauchemar.
Je me mets à la place de tous ceux qui n'ont rien demandé à personne et qui se retrouvent au cœur de l'enfer, de l'horreur, de l’innommable.
Et par dessus la colère, toujours les mêmes discours politiques... Les mêmes qu'il y a 10 mois...
Mais alors, quand est ce qu'on fait quoi?
 
On retrouve très vite les auteurs des massacres, rajoutant qu'on les connait, qu'ils sont fichés, surveillés...
Des dimensions économiques, politiques, géopolitiques, historiques et parfois personnelles qui nous échappent.
 
Je ne veux pas créer de polémique, mais je ne veux pas non plus crier à la Liberté, à l'Egalité et la Fraternité quand les seuls acteurs de la vie française, ceux qui pourraient enfin bouger les choses préfèrent ne pas bousculer les institutions, les relations internationales, et encore moins les échanges commerciaux.
 
Il y a sans doute beaucoup à faire.
Il y a sans doute des décisions difficiles à prendre.
Il y a sans doute des erreurs à ne pas commettre.
Il y a sans doute au moins une décision forte et importante à prendre, pour montrer au peuple français qu'il a raison, encore une fois, de croire en l'avenir, de sortir dans la rue pour chanter son unité et sa volonté de vivre ensemble, de chanter, de danser, de rire, de pleurer, d'aimer, de vivre.
 
Cette décision je l'attends pour éviter de sombrer dans la fatalité.
 
Je ne suis plus Charlie.
 
Je ne suis même plus moi.
 
Je suis désabusé...

 

 

 

 

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Published by Guillermo - dans Société
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